GERARD MACE.

Il y avait là de quoi faire un photographe (extraits)

Gérard Macé s’est, de longue date, intéressé à la photographie. Ses poètes de prédilection, pour beaucoup, ne sont-ils pas contemporains de l’invention de cette technique dans laquelle Baudelaire - le plus beau modèle du pionnier Carjat – s’est refusé à voir un art naissant. Tous ont, consciemment ou non, composé avec elle. Ils ne pouvaient du reste pas échapper à ce qui allait si rapidement se répandre comme une universelle machine à fabriquer des images, mais plus encore un formidable moyen de les penser.

Le premier livre dans lequel Macé aborde la question de front est daté de 1993 (cela fait alors à peu près vingt ans qu’il publie). Son titre résume admirablement un propos qui ressemble fort à un art poétique : La mémoire aime chasser dans le noir. Ce propos dépasse de loin, en effet, la simple réflexion sur la photographie (il s’y mêle une profonde interrogation du rêve, cette autre manière, non moins fatale, de voir sans être vu), qu’il nous invite à considérer comme le « le nouvel art des catacombes ». […] Non content de les faire (ou de les prendre comme il dit volontiers), il n’a guère tardé à montrer ces images, à en composer des livres. Ayant appris à aimer cet « art plus léger que tous les autres », « cet art débarrassé du labeur », s’y consacrant avec l’assiduité qu’on lui connaît, il a constitué en peu d’années ce qu’il est convenu d’appeler une œuvre, non pas en plus, non pas en marge mais en écho à son œuvre écrite et procédant des mêmes méthodes. [….]

Chercheur de traces, déchiffreur de signes, fouilleur de mémoire, le photographe l’est tout autant. Il enquête, s’enchante des énigmes du monde réel, se passionne davantage pour elles que pour leur douteuse solution. Reflets et miroirs, illusions et simulacres, qui sont les figures mêmes de la photographie, sont des motifs fréquents des écrits de Macé comme de ses photographies – où se mêlent « la netteté du détail et le flou de l’infini » .

Georges MONTI (publié à l’occasion de l’exposition Gérard Macé. Un miroir le long du chemin. Nîmes 2008 )

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[Car] il s’agit toujours, grâce à un mélange de surprise et de déjà vu, de reconnaître et de saisir au vol les images qu’on portait en soi, suffisamment transposées pour qu’elles soient autre chose que des pâles copies. Des images latentes, surgies de la mémoire ou du musée imaginaire, qui n’attendaient qu’une rencontre au grand jour pour se révéler à nous. De ce point de vue, c’est les cerveau qui est la véritable chambre noire, ou la mélancolie prend la pose plus souvent qu’on ne voudrait. […] j’ai appris à aimer cet art débarrassé du labeur : le premier des arts modernes, inaugurant une ère où l’œil a plus d’importance que la main. Au point que plusieurs fois, j’ai rêvé que je photographiais les images de mon rêve…

G. Macé. La photographie sans appareil p. 11

Choisir est la première opération du style, et dans le plaisir de cadrer il y a le plaisir d’organiser ce qui est informe, d’arrêter ce qui fuit dans tous les sens.

G. Macé. La photographie sans appareil p.40